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Laura travaille le cuir comme personne

Published on : 2016-04-15 13:16





PUBLIÉ LE 25/11/2010 À 14H00

Le Messager votre hebdomadaire d'informations de haute-savoie chablais faucigny genevois au quotidien, - L'activité de bourrelier- sellier se perd. Mais depuis le mois d'avril Laura Pelloux, 25 ans, n'a pas hésité à s'installer à Domancy.

L'activité de bourrelier- sellier se perd. Mais depuis le mois d'avril Laura Pelloux, 25 ans, n'a pas hésité à s'installer à Domancy.
Une profession que seules trois femmes en France exercent.
Où trouver quelqu'un capable de réparer un harnais abîmé ? Capable de réaliser un collier d'attelage ou la courroie d'une clarine ? Ce casse-tête est désormais résolu avec l'installation de Laura Pelloux à Domancy en tant que bourrelier, sellier. Depuis sa plus tendre enfance passée à Saint-Gervais, la jeune femme est passionnée par les animaux. Son arrière grand-oncle avait des chevaux du côté de Cupelin dont Laura adorait s'occuper. « Je reprenais déjà leurs vieux harnais », se souvient-elle, en souriant. Elle garde toujours en tête son envie de travailler dans un univers proche des animaux. Son bac de lettre et d'art en poche, elle rencontre par hasard Didier Perrillat, bourrelier à Thônes et recherche bientôt une formation. Elle commence à apprendre le métier avec Didier Perrillat et Georges Sarras Bournet à Thonon, avant de prendre, en 2007, la direction du Tarn pour passer en candidat libre un CAP sellier harnacheur. « Il est validé par l'Académie française. Je voulais pouvoir m'appuyer sur quelque chose. » Elle obtient le diplôme, après une épreuve théorique et une pratique : pas moins de huit heures de couture. Elle ne veut pas se précipiter. Être parfaitement formée avant de se lancer en solo, surtout qu'elle sait que dans ce domaine-là, les clients sont exigeants. Mais le chemin est semé d'embûches.

« Faut avoir ça
dans la peau ! » 

Et Laura le confie sans ambages : « Faut avoir ça dans la peau, sinon on abandonne ! » Il faut dire que la jeune femme va alterner pendant sept ans le travail chez un artisan du cuir- « Je me suis baladée un peu partout en France, pour quelques jours ou quelques semaines » - et les petits boulots en alpage. Les banques sont un peu sceptiques devant le projet. Laura rencontre aussi quelques difficultés pour trouver un local. C'est finalement à Vervex, à Domancy qu'elle s'installe. S'ajoute une difficulté et de taille : il n'y a plus d'outils adaptés au métier et les fournisseurs se font rares. Pour dénicher du bon matériel, la jeune femme n'hésite pas à faire les brocantes et les vide-greniers. Mais jamais Laura n'envisagera de lâcher. « Ça me tenait trop à coeur de le faire. » En avril dernier, la voilà fin prête à s'installer. « Je faisais des démonstrations de mon métier depuis cinq ans. À chaque fois, les gens me disaient qu'ils avaient besoin. » Effectivement, les clients ne tardent pas à affluer. Alors que la jeune bourrelière pensait faire de la publicité, elle n'en a pour l'instant pas eu besoin. Le bouche à oreille fonctionne bien. Elle a même aujourd'hui des clients de l'Allier ou du Cantal. Sans compter les vacanciers de toute la France qui lui commandent régulièrement des cloches. La ferme voisine La Fouaise n'hésite pas non plus à lui envoyer du monde. Tout comme la mairie de Domancy ou la société Devouassoud qui lui fournit ses cloches. Elle est aussi prête à se déplacer en cas de besoin. Son carnet de commandes est bien rempli. Et elle y va « à fond tous les jours ! » Au début, elle a même du mal à s'arrêter le week-end ou le soir.

Cuir naturel 
Elle conçoit tout d'abord avec un dessin que le client doit valider. Elle se fournit chez une tannerie de Dordogne qui tanne le cuir naturellement avec des extraits de végétaux. « C'est aussi un respect des animaux pour qu'ils n'aient pas de produits chimiques sur eux. » Pour les boucles, elle privilégie le Français Poursin établit depuis 1883. Elle se fournit aussi chez des Suisses, pour les plus petits budgets. Elle peut passer de six à huit heures pour les courroies de cloches les plus travaillées. Elle réalise la plupart des coutures à la main. Elle peut exécuter des réparations sur tout type de harnais. Elle s'est aussi spécialisée dans le collier d'attelage de la vallée, ce qui lui demande pas moins de 24  heures de travail !
Ses clients sont ravis de revoir un bourrelier. Il faut dire qu'au pays du Mont-Blanc, certains laissaient leur harnais abîmé de côté pendant des années, sans espoir de les faire réparer. Les gens sont généralement surpris quand il se retrouve devant la jolie jeune fille. « Les gens arrivent à l'atelier et demandent : "Il est où le bourrelier ?" quand je réponds que c'est moi, ils se demandent toujours si c'est une blague. 

ALEXANDRA COLLOMB

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